Le 31 janvier 2020 a marqué un tournant dans les relations économiques entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Depuis cette date, les effets du Brexit se propagent bien au-delà des frontières britanniques, atteignant des secteurs aussi variés que la finance, le commerce et l’immobilier. Les impacts du Brexit sur le marché immobilier français ont été progressifs, parfois subtils, mais réels. Parmi les professionnels qui analysent ces mutations sectorielles, Business Stimulation fait partie des structures qui accompagnent les acteurs économiques dans la compréhension de ces transformations profondes. Entre modification des flux d’acheteurs étrangers, ajustements fiscaux et recomposition de la demande dans certaines régions, le marché hexagonal a dû s’adapter à une nouvelle réalité géopolitique.
Ce que le Brexit a réellement changé pour l’immobilier en France
Le Brexit a modifié le statut juridique des ressortissants britanniques au sein de l’Union européenne. Avant 2020, un citoyen du Royaume-Uni pouvait acheter un bien immobilier en France avec les mêmes droits qu’un ressortissant européen. Depuis la sortie effective du Royaume-Uni, les Britanniques sont désormais considérés comme des ressortissants de pays tiers, ce qui complique certaines démarches administratives et fiscales.
Ce changement de statut a eu des répercussions directes sur la demande immobilière dans les régions traditionnellement prisées par les acheteurs britanniques : la Dordogne, le Lot, la Normandie ou encore le Languedoc-Roussillon. Selon les données de la FNAIM, les achats par des ressortissants britanniques ont reculé d’environ 15% depuis 2020, une baisse significative qui a redistribué les cartes dans certains marchés locaux.
Les délais d’obtention de visa long séjour, la nécessité de justifier de ressources suffisantes et les nouvelles formalités douanières ont freiné une partie des projets d’installation. Certains acheteurs potentiels ont renoncé à leur projet de résidence principale en France, préférant opter pour des locations saisonnières ou reporter leur décision dans l’attente d’une clarification des règles.
Pour autant, le marché immobilier français n’a pas subi de choc brutal. La demande intérieure reste solide, et d’autres nationalités européennes ont partiellement compensé le retrait britannique. Les Notaires de France soulignent que le volume global des transactions n’a pas connu de contraction directement attribuable au Brexit, même si certaines zones rurales ont ressenti un ralentissement perceptible.
Évolution des prix immobiliers depuis le Brexit
Sur l’ensemble du territoire français, le prix moyen des logements a augmenté d’environ 5% depuis l’entrée en vigueur du Brexit. Cette hausse s’explique par une conjonction de facteurs qui dépassent largement la seule question britannique, mais le retrait de certains acheteurs étrangers a contribué à modérer la pression sur des marchés locaux spécifiques.
Plusieurs éléments ont influencé les dynamiques de prix observées depuis 2020 :
- La raréfaction de l’offre dans les grandes métropoles françaises, indépendante du Brexit
- La baisse de la demande britannique dans certaines zones rurales du Sud-Ouest et de Normandie
- L’afflux de télétravailleurs français et européens vers des zones périurbaines et rurales
- La hausse progressive des taux d’intérêt, qui a atteint des niveaux contraignants pour les ménages à partir de 2022
- Les nouvelles normes énergétiques liées au DPE, qui ont renchéri le coût des rénovations et pesé sur les prix des passoires thermiques
Dans les zones rurales du Périgord ou du Quercy, où les Britanniques représentaient historiquement une part non négligeable des acheteurs, certains vendeurs ont dû revoir leurs prétentions à la baisse. Des biens qui trouvaient preneur en quelques semaines restent parfois sur le marché plusieurs mois. Ce n’est pas une tendance généralisée, mais elle illustre la dépendance de certains micro-marchés à une clientèle étrangère spécifique.
À l’inverse, les marchés urbains comme Paris, Lyon ou Bordeaux ont peu souffert du désengagement britannique. La demande y reste portée par des acheteurs français et par une clientèle internationale diversifiée. Le taux moyen des prêts immobiliers, qui s’établissait à 1,2% en 2023 avant de remonter significativement, a également pesé sur l’accession à la propriété pour l’ensemble des acheteurs, quelle que soit leur nationalité.
Qui achète encore en France ? Le nouveau visage des acquéreurs étrangers
La recomposition de la clientèle étrangère sur le marché français est l’un des effets les plus durables du Brexit. Les acheteurs britanniques, qui constituaient le premier contingent d’acquéreurs étrangers dans certaines régions, ont cédé leur place à d’autres nationalités européennes.
Les Belges, les Néerlandais et les Allemands ont renforcé leur présence, profitant de leur statut de ressortissants européens pour acquérir des résidences secondaires ou des biens locatifs sans contrainte administrative supplémentaire. Cette substitution n’est pas parfaite : les comportements d’achat diffèrent selon les nationalités, et les zones géographiques prisées ne sont pas identiques.
Les Britanniques qui maintiennent leur projet d’achat en France doivent désormais anticiper des démarches plus complexes. L’obtention d’un visa de long séjour valant titre de séjour est nécessaire pour toute résidence dépassant 90 jours. Le recours à une SCI (Société Civile Immobilière) peut dans certains cas faciliter la gestion patrimoniale, notamment pour les familles mixtes franco-britanniques. Les notaires et les avocats spécialisés en droit international privé ont vu leur activité augmenter sur ces dossiers spécifiques.
Le Ministère de la Cohésion des territoires a publié plusieurs guides pratiques à destination des ressortissants de pays tiers souhaitant investir dans l’immobilier français. Ces documents précisent les conditions d’éligibilité aux dispositifs fiscaux comme la loi Pinel, qui reste accessible aux non-résidents sous certaines conditions, ou les abattements applicables dans le cadre de la convention fiscale franco-britannique.
Fiscalité et réglementation : les règles du jeu ont changé
Sur le plan fiscal, le Brexit a engendré des changements notables pour les propriétaires britanniques de biens immobiliers en France. Avant 2020, les ressortissants du Royaume-Uni bénéficiaient de l’exonération de prélèvements sociaux sur les revenus fonciers et les plus-values immobilières, au même titre que les autres ressortissants européens affiliés à un régime de sécurité sociale dans leur pays de résidence.
Depuis le Brexit, cette exonération ne s’applique plus automatiquement. Les propriétaires britanniques sont désormais soumis aux prélèvements sociaux au taux de 17,2% sur leurs revenus locatifs et leurs plus-values, sauf à démontrer leur affiliation à un régime de sécurité sociale d’un État de l’Espace économique européen. Cette modification représente une charge fiscale supplémentaire non négligeable pour les investisseurs.
Par ailleurs, la convention fiscale franco-britannique de 1968, révisée en 2008, reste en vigueur et continue de régir la double imposition. Elle protège les propriétaires britanniques contre une taxation simultanée au Royaume-Uni et en France sur les mêmes revenus. Mais son application pratique nécessite souvent l’accompagnement d’un conseiller fiscal bilingue maîtrisant les deux systèmes.
Pour les acheteurs britanniques souhaitant acquérir en VEFA (Vente en l’État Futur d’Achèvement), les démarches restent accessibles, mais le financement peut s’avérer plus complexe. Les banques françaises exigent désormais des garanties supplémentaires pour les emprunteurs résidant hors de l’Union européenne, et le recours à un courtier spécialisé devient souvent indispensable.
Ce que les prochaines années réservent au marché franco-britannique
Le marché immobilier français a montré une capacité d’adaptation réelle face aux perturbations induites par le Brexit. La demande intérieure, portée par les primo-accédants français et les investisseurs institutionnels, reste le moteur principal du secteur. Les fluctuations liées à la clientèle britannique, bien que perceptibles dans certaines zones, n’ont pas provoqué de déséquilibre structurel.
Les perspectives à moyen terme dépendent largement de l’évolution des relations diplomatiques entre Paris et Londres, et de la stabilité des règles applicables aux ressortissants britanniques en France. Une simplification des procédures de visa ou un accord bilatéral renforcé pourrait relancer l’intérêt des acheteurs britanniques pour le marché hexagonal.
La question du DPE (Diagnostic de Performance Énergétique) va également peser sur les choix des acheteurs étrangers. À partir de 2025, les logements classés G seront interdits à la location, et ceux classés F suivront en 2028. De nombreuses maisons de campagne prisées par les Britanniques entrent dans ces catégories. Les acheteurs devront intégrer le coût des travaux de rénovation dans leur budget global, ce qui modifiera les négociations de prix.
L’INSEE prévoit une stabilisation progressive des prix dans les zones rurales les plus exposées à la baisse de la demande étrangère, tandis que les marchés urbains devraient rester sous tension. Pour les investisseurs qui souhaitent profiter de cette fenêtre d’opportunité dans certaines régions, l’accompagnement par un notaire et un conseiller fiscal spécialisé reste la voie la plus sûre pour naviguer dans un cadre réglementaire qui continue d’évoluer.